J'ai enfin pris le temps de finir ce chapitre. Le DUT est... chronophage. Bref, un peu plus de légèreté pour ce chapitre, bonne lecture !

 


« - Et tu vis seul ? Ou avec ta famille ? »

« - Et... tu vis seul ? Ou avec ta famille ? »

La famille n’était pas quelque chose de précis pour les Monstres : la plupart d’entre eux apparaissaient purement et simplement, grâce aux Espoirs et aux Rêves des humains, et les enfants créés par l’union de deux Monstres étaient rares, car pouvant seulement naître de deux ÂMES en harmonie parfaite.

Mais le brun n’était qu’à moitié Monstre, il semblait donc de bon ton de se renseigner sur cette unité si importante pour les humains. L’hybride en question haussa les épaules.

« - Oui et non. Tu… connais Grillby’s ?

- J’en ai entendu parler, oui. C’est le bar en bas du mont Ebbot ? »

Wrandrall acquiesça. Le troisième année –Zéhir s’était-il présenté- l’avait patiemment guidé jusqu’aux toits de l’Académie, pour l’instant déserts. Le jeune cambion lui en était reconnaissant ; après son instant de faiblesse plus tôt, il avait bien besoin d’air frais.

« Grillby s’occupe de moi. Je vis avec lui depuis neuf ans. » répondit-il. Il risqua un coup d’œil vers le Monstre assis à son côté : il était calme et collecté, ses yeux rouges suivant paresseusement le passage des quelques nuages dans un ciel profondément bleu.

Le zorlim avait bien remarqué l’inconfort de l’hybride et évitait de le fixer avec trop d’insistance ; même s’il sentait que le malaise émanant de son cadet avait grandement diminué.

« Et… » commença-t-il, hésitant, « que t’est-il arrivé tout-à l’heure ? »

Wrandrall se tendit comme un arc, son ÂME pulsant d’une nervosité renouvelée. De peur qu’il ne se renferme à nouveau sur lui-même, Zéhirmahnn se hâta d’ajouter qu’il n’avait absolument pas à lui répondre s’il ne le voulait pas. Le cambion le remercia dans un souffle.

Le génasi se tourna vers lui, prenant un moment pour apprécier la situation ; il avait affaire à un hybride, fruit d’une créature ayant causé le trépas de centaines d’humains et de Monstres. Sa seule existence était pour certains un douloureux rappel de la perte d’êtres chers, son impossible lignage une anomalie inexplicable. La longévité de certains Monstres n’aidait pas à oublier le passé.

N’importe qui avec la moitié d’un neurone aurait pu deviner que le jeune homme traînait un passé difficile. Doublé d’une sacrée anxiété sociale.

« Ecoute, » fit-il, « tu ne me connais pas, je comprends que tu ne te sentes pas à l’aise. Ce n’est pas grave. Il vaudrait peut-être mieux que ce soit toi qui me pose des questions en premier. »

Il sourit quand le regard soulagé et curieux de son protégé croisa le sien, chaleureux et bienveillant. Il était sur la bonne voie.

« Mh… »

Wrandrall passa sa main derrière sa tête ; Zéhir lui inspirait un sentiment de confiance et de familiarité, et semblait honnêtement vouloir l’aider.

Bon, peut-être que vivre depuis des années avec une figure paternelle composée de feu aidait, mais tout de même. Un petit sourire étira ses lèvres : peut-être que tout se passerai bien finalement.

S’il ne gâchait pas tout avec ses problèmes stupides.

« D’accord, » commença-t-il en repliant ses ailes. « Tu es quel type de Monstre ? Je n’en ai jamais vu des comme toi. »

« Je suis un Zorlim. » répondit l’intéressé en posant la main sur sa poitrine. « Ma race est liée aux différentes formes de magies pyrotechniques. »

Wrandrall pencha la tête sur le côté, clignant lentement des yeux. Le zorlim retient un soupir, et invoqua dans paume une flamme écarlate. « Magie du feu. »

Le visage du cambion s’éclaira.

« - Ah ! Laisse-moi deviner, ta couleur préféré c’est le-

- Bleu.

- Ah bon d’accord. »

Le troisième année se retenu de rire face à la moue déçue du plus jeune. D’ailleurs, cela lui faisait penser…

« - Tu m’as l’air assez jeune. Quel âge as-tu donc ?

- Mh ? Oh, dix-neuf ans. Toi ?

- Vingt-et-un. C’est ma dernière année d’étude à l’Académie, mais je reviendrai peut-être plus tard pour enseigner.

- Tu veux être professeur ?

- J’aimerai voyager. Ce monde est immense, autant en profiter. »

Wrandrall acquiesça, sembla hésiter quelques secondes.

« Je… n’ai jamais vraiment vu autre chose que les montagnes. »

Son regard s’embruma.

« Moi et… ma mère, nous vivions haut dans les montagnes, là où la neige ne fond jamais complètement. C’est tout ce que j’ai connu pendant des années. »

Zéhir n’allait certainement pas presser le sujet ; une des seules choses qu’il savait sur les cambions était que, comme les enfants Monstres, ils devaient absorber une partie de la magie de leurs parents pour grandir et survivre. Mais sa mère était humaine, son énergie vitale avait due être vampirisée à la place. Et ça, l’hybride le savait sans doute.

Alors, il croisa les bras et prit un air exagérément frustré. « La neige tu dis ? »

Wrandrall reporta son attention sur lui, surpris. « Euh… oui ? »

Le zorlim commença à geindre.

« La chance ! Tu sais ce qui se passait à chaque fois que j’essayais de jouer avec ? »

Asgore, qu’est-ce que je suis en train de faire ?

« Elle fondait littéralement dans mes mains ! » s’exclama-t-il, accentuant son discours à l’aide de grands mouvements des bras. Non, vraiment, je fais quoi là ? « Partout où je passais, elle fondait. Un groupe de Temmies m’a suivi à la trace pendant une semaine pour ne pas avoir à ramer dans la poudreuse ! »

Le cambion écarquilla ses yeux verts ; il ne pouvait empêcher les images d’envahir sa tête. Zéhir la déblayeuse à neige, des Temmies surexcités trottinant derrière lui comme des canetons. Zéhir tentant vainement de lancer des boules de neige fondues.

Des bulles de rire remontèrent le long de sa gorge et il crut que son visage allait se fendre en deux.

L’être de flammes arrêta de lever les bras au ciel et de maudire la température de fusion du monoxyde de dihydrogène quand il vit le cambion se plier en deux, secoué de spasmes incontrôlables.

Avant que Zéhir puisse s’en inquiéter, Wrandrall se releva brusquement, ses ailes de cuir se déployant de toute leur envergure, et il éclata de rire.

Le troisième année le fixa, stupéfait par la transformation ; sa posture avait perdu toute trace de nervosité, et son AME était passé de sombre à exaltée en l’espace de quelques secondes.

Sous l’intensité de ses émotions, elle commençait même se voir au travers de la poitrine de son propriétaire.

Le cœur brillait légèrement. Un contour blanc, part Monstre, et l’intérieur d’un bleu profond, part humaine.

Bleu foncé. Une ÂME intègre… entière. L’univers à un étrange sens de l’humour.

Zéhir sourit.

Cette année promettait d’être intéressante.